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Réunir différentes perspectives sur la question du bien commun.

Un groupe de jeunes adultes assis autour d'une table pratiquent ensemble la poterie. L'un d'eux se lève et sourit tandis que les autres façonnent l'argile de leurs mains dans une ambiance détendue et conviviale d'atelier.

Subventions pour les OBNL : des changements à surveiller en philanthropie

L’environnement du financement institutionnel continue d’évoluer avec l’avènement de nouveaux défis et possibilités pour les responsables du développement. C’est pourquoi Imagine Canada m’a invité à réfléchir aux changements qui affecteront le paysage des subventions en 2026.

Le Rapport sur les dons 2025 de CanaDon présente une analyse des tendances de 2018 à 2024 et pointe vers une « crise communautaire » de plus en plus palpable. Il avance que cette crise est susceptible d’inspirer la population à soutenir les organismes de bienfaisance et les organismes à but non lucratif (OBNL) de sorte à « renouer des liens, renforcer les quartiers et resserrer les liens sociaux qui nous unissent ». Ce regard empreint d’espoir guidera notre analyse des changements en cours afin de cerner des voies pour faire naître l’innovation, les liens et le progrès dans le secteur des OBNL malgré les circonstances difficiles.

1. L’IA, omniprésente et en croissance exponentielle

Depuis deux ans, l’évolution et l’adoption généralisée de l’intelligence artificielle (IA) dépassent toutes les attentes, en particulier les outils d’IA générative comme ChatGPT et Gemini. Selon un sondage réalisé par KPMG et publié en novembre 2025, 51 % des employé.e.s canadien.ne.s utilisent des outils d’IA au travail. Ce taux est significativement plus élevé dans le secteur des OBNL. D’après les chiffres avancés par l’Ontario Nonprofit Network dans une enquête de 2025, 83 % des répondant.e.s (en anglais) affirment utiliser ces outils dans le cadre de leur emploi, contre 67 % un an plus tôt. Enfin, les résultats d’un sondage récent révèlent qu’en moyenne, 62 % des abonné.e.s de Connexion subvention se servent d’outils d’IA générative dans le contexte de leur stratégie de financement.

Compte tenu des capacités surmenées du personnel et de la hausse de la demande pour les services depuis l’exercice précédent, rapportée par 75 % des organismes de bienfaisance en 2025 (en anglais), l’utilisation accrue des outils d’IA à des fins opérationnelles tombe sous le sens. Les organismes s’en servent pour préparer des demandes de subvention, bonifier leurs communications et activités de marketing, ou évaluer leurs données (TechSoup, en anglais). De nouvelles données publiées par Imagine Canada dans un rapport sur l’utilisation de l’IA par les OBNL canadiens confirment cette période de transition. Au total, 80 % des organismes disent utiliser l’IA sous une forme ou une autre. Toujours selon le rapport, l’adoption accrue et responsable de l’IA est une question de confiance, de compétences et de compréhension commune, plutôt que de financement. Cela dit, les organismes du secteur dit « à vocation sociale » connaissent bien les risques potentiels de l’IA. On pense notamment aux répercussions environnementales, aux biais intégrés aux données d’entraînement et à la surutilisation menant à la perte de la « touche humaine » (en anglais).

Comme pour tout autre outil, c’est en développant des connaissances, stratégies et politiques conformes à leurs valeurs et objectifs que les organismes se donnent les meilleures chances de succès à l’ère de l’IA. À cette fin, ils peuvent consulter la Boussole IA pour les OBNL du Centre canadien pour la résilience numérique des organismes sans but lucratif. Cette plateforme de découverte et d’apprentissage a été conçue pour aider les OBNL à comprendre et à utiliser l’IA et propose des ressources adaptées au secteur caritatif. Du reste, la section « Les OBNL et l’adoption du numérique » d’Intervalles RH explique des éléments à considérer lors de l’adoption de l’IA générative, en plus d’offrir des modèles de document, notamment des politiques et listes de contrôle pour une utilisation acceptable de l’IA.

2. Les effets de la volatilité transfrontalière sur le contexte de financement au Canada

L’interconnexion de la philanthropie et de l’économie transfrontalières signifie que les turbulences aux États-Unis retentissent au Canada, y compris dans le domaine du financement du secteur caritatif. 

Exemples : 

  • La volatilité du dollar américain affecte les investisseurs institutionnels canadiens (en anglais) qui détiennent des actifs aux États-Unis, et pourrait se répercuter sur les niveaux de dotation des fondations.
  • L’augmentation des tarifs imposés au Canada pourrait exacerber la baisse des dons des particuliers et créer un manque à gagner qui devra être compensé par le financement obtenu auprès des institutions.
  • Les fondations établies aux États-Unis qui financent des activités à l’international, dont des OBNL canadiens, redirigent leurs fonds afin de répondre aux besoins croissants résultant de la réduction de programmes décidée par le gouvernement américain. La dissolution d’USAID et les compressions en enseignement supérieur et recherche en sont deux exemples frappants.

Devant les appels explicites de l’administration Trump au définancement des programmes dits wokes (en anglais), la possibilité d’un effet paralysant sur les fonds consacrés aux initiatives d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI) ou de lutte contre le racisme et l’oppression (ARAO) préoccupe particulièrement. Bien que certaines entreprises comme Costco (en anglais) maintiennent leur engagement pour les valeurs d’EDI, de nombreuses multinationales, notamment Meta, Amazon, McDonald’s et Walmart, ont retiré toute référence aux initiatives EDI de leurs sites Web. Elles ont également restreint leurs programmes d’embauche pour les employé.e.s appartenant à des groupes privés d’équité. Dans les entreprises, les programmes de financement non conformes aux positions de la Maison-Blanche risquent de disparaître. À long terme, le manque de diversité parmi les responsables clés dans les entreprises pourrait se traduire par une réduction d’investissements dans les communautés méritant l’équité.

En parallèle à cette évolution, on voit des philanthropes confirmer, voire accroître leur engagement, et la valeur de celui-ci, envers des initiatives canadiennes. Ainsi, à la fin de 2025, Mackenzie Scott a donné 86 millions de dollars canadiens à la Makeway Foundation par l’entremise de son initiative Yield Giving. Ce geste représente un signal fort de son intérêt continu pour le soutien aux organismes communautaires, les changements sociaux et environnementaux, ainsi que la redistribution de la richesse (elle compte parmi les signataires du Giving Pledge – en anglais). Misant, entre autres, sur l’Explorateur de dons de Connexion subvention, nous continuerons de surveiller si d’autres philanthropes, fondations ou fonds de bienfaisance augmentent leur financement consacré aux enjeux de bien-être social alors que ces gestes sont de plus en plus politisés.

3. L’importance des relations de financement centrées sur et adaptées à la communauté

En ce début de 2026, l’économie demeure l’une des grandes préoccupations pour tout le secteur caritatif. Plusieurs grandes banques mettent en garde contre un risque accru de récession au Canada, et selon les organismes de bienfaisance, la situation économique (en anglais) et la baisse des dons subséquente représentent leurs plus importants défis. Parallèlement, depuis quelques années, divers leaders dans le secteur, dont l’Institut Tamarack (en anglais), appellent le milieu philanthropique à délaisser le financement transactionnel pour adopter plutôt une approche mettant en valeur les relations de financement collaboratives, fondées sur la confiance et centrées sur les communautés.

Les fondations communautaires semblent occuper une place prépondérante dans ce mouvement, en plus d’accroître leur empreinte dans le milieu du financement de manière générale. Selon CanaDon, les organismes de bienfaisance locaux et régionaux représentent désormais la première catégorie de cause soutenue en valeur pécuniaire, devant la santé. On observe alors un changement majeur au profit des causes ancrées dans la communauté. La Vancouver Foundation (en anglais) demeure un champion de la philanthropie fondée sur la confiance. Elle prône notamment un engagement explicite envers les demandeurs.euses de subventions, la transparence relative aux processus d’octroi de subventions discrétionnaires, ainsi qu’un programme de financement actif selon l’approche de la recherche-action participative. Pour sa part, après une pause de cinq ans, la Winnipeg Foundation a rétabli son programme de financement pluriannuel et flexible (en anglais). D’autres fondations, comme la Silver Gummy Foundation (en anglais), plaident pour une coexistence de la philanthropie fondée sur la confiance, d’une part, et de processus et du suivi des résultats, d’autre part. Ainsi, elles intègrent la responsabilisation et l’évaluation de l’impact dans le mouvement de financement centré sur la communauté.

Ces bailleurs de fonds cherchent de réels partenaires intégrés à leur communauté, qui connaissent ses besoins et sont en mesure d’y répondre, en plus d’avoir la volonté de collaborer afin de réaliser le plus grand impact possible.

4. L’élan de financement pour les organismes autochtones et privés d’équité demeure, mais ne permet pas de rattraper le retard accumulé

Au Canada, l’année 2025 a vu une redistribution de la richesse au bénéfice des organismes dirigés par des personnes noires ou autochtones. Ainsi, la Fondation pour les communautés noires a versé 9,5 millions de dollars à 161 groupes dirigés par ou offrant des services aux personnes noires à l’échelle du pays, grâce à la troisième itération de sa Subvention pour accélérer les grandes idées des communautés noires à l’automne 2025. En novembre dernier, la Fondation McConnell a fourni une mise à jour concernant son engagement pris en 2023 de transférer 30 millions de dollars de sa dotation à des organismes philanthropiques dirigés par des Autochtones. Ainsi, elle dit avoir dirigé 16 millions de dollars vers quatre organismes, dont le Fonds de résilience des peuples autochtones (en anglais).

Malgré les progrès encourageants de ces initiatives, les organismes dirigés par les personnes noires ou autochtones et au service de ces dernières continuent d’afficher un sous-financement disproportionné par rapport à d’autres segments du secteur.

5. Plus de données que jamais pour alimenter les stratégies de recherche de financement

Rapports nationaux de CanaDon, données régionales de l’Ontario Nonprofit Network (en anglais) et d’autres organismes, des études sur mesure réalisées par Imagine Canada, les sondages du Projet Canada Perspectives des Organismes de bienfaisance (en anglais) et les rapports d’entreprises privées comme Blackbaud (en anglais) : tous les yeux semblent rivés sur le secteur caritatif canadien. Et les données continueront d’affluer.

Au-delà de toute recherche et préparation, nous entamons une nouvelle année qui présentera immanquablement des défis et des gains imprévus. À tou.te.s les professionnel.le.s du développement, sachez que vos efforts pour trouver des ressources font une différence, sont importants et méritent d’être célébrés, peu importe le résultat. Votre travail ne sera pas de tout repos en 2026, mais nous sommes là pour vous donner un coup de main.

À propos de l’auteure

Malia Rogers (elle) est chanteuse et autrice-compositrice de musique folk, actrice, musicienne et administratrice dans le domaine des arts. Elle divise son temps entre Halifax, Ottawa et Toronto. Elle a été membre de l’équipe de Connexion subvention à Imagine Canada et travaille actuellement comme gestionnaire du développement à Theatre of the Beat. Quel que soit son rôle, Malia demeure profondément engagée à fournir aux programmes les ressources dont ils ont besoin et à faire valoir l’art comme une source d’empathie et de changements positifs

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