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Témoignages : la chute des revenus menace la survie des organismes de charité et sans but lucratif

Témoignages : la chute des revenus menace la survie des organismes de charité et sans but lucratif

Statue in an empty park

La nature unique de cette crise de la COVID-19 que nous traversons actuellement nous prive d’une feuille de route qui nous permettrait de savoir à quoi nous attendre : nous devons donc nous informer sur ses répercussions afin de réagir avec rapidité et pertinence.

Au cours des dernières semaines, notre équipe a donné la priorité à la communication avec un éventail d’organismes de partout au pays, représentatif des divers sous-secteurs, afin de mieux comprendre ce qu’ils vivent. Les témoignages et les opinions qu’ils nous ont communiqués ont permis au secteur de réagir rapidement et de réclamer au gouvernement fédéral des mesures de soutien pour répondre à ses besoins les plus pressants. Cet article de blogue est le premier d’une série d’articles que nous consacrerons aux témoignages sur les répercussions de la COVID-19 subies par le secteur. 

Quand nous interrogeons les organismes sur les défis auxquels ils font face actuellement, c’est la chute de leurs revenus qui les préoccupe le plus. La majorité des organismes de bienfaisance, des organismes sans but lucratif et des entreprises sociales sont financés par les collectes de fonds, les subventions et le revenu gagné. Ces trois sources de revenus ont malheureusement chuté de manière vertigineuse à cause des mesures d’éloignement social et du ralentissement économique. 

Campagnes annulées et contrecoups de la crise subis par les donateurs : les collectes de fonds à l’ère de la COVID-19

Dans tout le pays, les galas de financement sont annulés ou reportés, les courses de bienfaisance et les tournois de golf sont annulés et, comme beaucoup de personnes ressentent les effets de la crise sur leurs finances personnelles, les dons sont en baisse. Nous avons entendu le témoignage de la Fondation de l’hôpital de Huntsville qui répond aux besoins de l’hôpital local en équipement et en technologie. Comme l’hôpital se trouve dans une destination de vacances, un grand nombre de ses donateurs travaillent dans le secteur des services et ont perdu leur emploi à cause de la COVID-19. « Nous comptons sur leurs dons pour financer l’hôpital, a fait remarquer Katherine Craine, directrice générale. Nous ne pouvons pas fournir de l’équipement à notre hôpital sans le soutien de ces donateurs. »

Dans le même ordre d’idées, Camrose Open Door, un organisme sans but lucratif régional de l’Alberta qui offre des services de soutien aux jeunes dans le besoin et à leurs familles, a subi une baisse de 75 p. cent du financement provenant des dons et une chute considérable des dons de nourriture, alors que la demande de la communauté pour ses services est en hausse constante.  

Malheureusement, il ne s’agit pas seulement de l’incapacité à collecter des fonds en ce moment — les effets se feront sentir tout au long de l’année. Prenez par exemple l’expérience de l’Association québécoise du lymphœdème, un organisme dont les principales activités de collecte de fonds ont lieu chaque année au printemps. L’AQL devra reporter ses activités de collecte de fonds à l’automne, mais cela représente un véritable défi, car il s’agit d’une période pendant laquelle les mêmes donateurs et donatrices sont sollicités pour le cancer du sein, une maladie connexe, mais distincte. L’AQL sera donc en concurrence pour amasser des fonds auprès d’une base de donateurs multisollicités en période de difficultés économiques. L’organisation a exprimé la crainte que sans financement d’urgence, elle puisse devoir fermer ses portes après 21 ans d’existence. 

Les revenus gagnés se tarissent

Sur le plan des revenus gagnés, le secteur se heurte aux mêmes difficultés que le commerce de détail. De nombreux organismes tirent leurs revenus de la vente de marchandises et de services, mais les mesures d’éloignement social ont rendu impossibles de nombreuses activités génératrices de revenus. The Raw Carrot est une entreprise sociale qui emploie des personnes handicapées à temps partiel pour préparer des soupes, ce qui complète le montant qu’elles perçoivent du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées et les rapproche du seuil de la pauvreté. Ce travail crée également d’importantes relations sociales. The Raw Carrot compte sur des bénévoles pour la capacité opérationnelle de base du programme, mais, comme ils ne sont plus disponibles à cause de l’éloignement social, les cuisines sont fermées et les employés doivent faire appel au soutien des banques alimentaires. Cette entreprise sociale aurait besoin d’un financement pour mettre en place les mesures sanitaires nécessaires afin d’assurer la sécurité des employés et des bénévoles et de reprendre la production alimentaire.

MindFuel est un organisme sans but lucratif de Calgary qui, depuis 31 ans, fournit des ressources d’apprentissage en STIM aux jeunes de partout au Canada. En cette période de fréquentation impossible des écoles qui contraint les enfants à recourir à la technologie numérique pour leurs études, la demande pour les ressources d’apprentissage en ligne de qualité a augmenté considérablement et MindFuel soutient maintenant chaque semaine des dizaines de milliers d’élèves. MindFuel a réagi en abandonnant le modèle payant pour toutes ses plateformes numériques pour rendre tout son matériel pédagogique de la maternelle à la douzième année accessible à tous les enfants, à tous les parents et à tous les enseignants qui en ont besoin. Sa générosité a cependant entraîné la perte de sa seule source de revenu gagné. De plus, malheureusement, des subventions sont mises en suspens ou simplement annulées, ce qui le prive de tous ses revenus et fait planer le doute sur sa viabilité à long terme.

Bien que certains organismes du secteur aient réussi à opérer la transition vers le travail à domicile, pour beaucoup d’entre eux, comme ceux du secteur des arts, cette option n’est pas envisageable. Les concerts sont impossibles dans un avenir prévisible et il est difficile pour les artistes de spectacle de travailler de chez eux. Original Kids Theatre, un organisme qui favorise l’épanouissement des jeunes par le théâtre, s’inquiète des conséquences de l’annulation des programmes pendant sa saison la plus remplie. Comme cet organisme est autonome sur le plan financier, son revenu dépend des frais d’inscription à ses programmes et des ventes de billets — qui sont tous réduits à néant pendant une période de l’année cruciale pour ses revenus. D’importants coûts irrécupérables sont déjà engagés pour ses productions estivales et il est maintenant impossible de les récupérer — sans parler du frisson du spectacle que ses jeunes auraient ressenti après avoir travaillé tellement d’arrache-pied pour leur formation et pendant les répétitions. Jeffery Crane, directeur général d’Original Kids Theatre, s’est déclaré inquiet au sujet de « l’incertitude sur la fin de cette période » qui permettra la reprise des programmes. « Notre organisme, fait-il remarquer, n’est pas en mesure de subvenir à ses besoins pendant quatre à six mois de revenu minimal. » 

La majorité des organismes de bienfaisance et sans but lucratif ne disposent d’aucune réserve de trésorerie et, en fait, on — leurs partisans, leurs donateurs et les autres bailleurs de fonds — les dissuade d’en détenir. Dans ces conditions, quand les revenus baissent brutalement, les conséquences ne se font pas attendre. Pendant les premières semaines de la pandémie de COVID-19 au Canada, nous avons donc entendu souvent parler d’importantes mises à pied et d’organismes redoutant de devoir fermer leurs portes pour toujours. Bien que la Subvention générale d’urgence du Canada empêchera d’autres mises à pied et permettra à certains organismes de réembaucher des employés, d’autres organismes manquent des liquidités nécessaires pour prendre à leur charge les coûts salariaux avant que la subvention les leur rembourse et de nombreux organismes financent encore avec peine leurs dépenses opérationnelles de base, comme leur loyer. Le secteur est hétérogène et a donc besoin d’un éventail de mesures d’aide pour que ses organismes puissent survivre et continuer à servir les collectivités pendant toute la crise de la COVID-19 et au-delà.

Les organismes se mobilisent pour unir leurs forces

Quand la pandémie de COVID-19 a pris racine au Canada, le secteur de la bienfaisance et sans but lucratif s’est mobilisé immédiatement pour réclamer des mesures d’aide et pour sensibiliser le public aux défis pressants auxquels les organismes de bienfaisance, les organismes sans but lucratif et les entreprises sociales sont confrontés. Ces efforts ont rendu le secteur admissible à plusieurs programmes clés, dont la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) ou le Fonds d’urgence pour l’appui communautaire. Vous pouvez voir le résumé des mesures du gouvernement fédéral qui viendront en aide à une partie ou à la totalité du secteur ici.

Notre travail se poursuit. Nous axons maintenant la défense de notre cause sur la création d’un Programme de subventions pour la résilience du secteur qui financerait les coûts de fonctionnement de base et qui soutiendrait les organismes non admissibles à la SSUC. Vous pouvez adresser une lettre à votre député(e) et aux ministres concernés, à l’appui de cette initiative, ici. Dans le cadre d’une approche holistique du soutien du secteur, nous préconisons une montée en puissance de la philanthropie — surtout de la part des Canadiens à revenu élevé. 

Nous continuons de recueillir les témoignages du secteur au sujet des répercussions de la COVID-19 — si vous souhaitez nous communiquer le vôtre, veuillez le faire ici. Nous effectuons également des recherches sur les conséquences de la COVID-19 qui se font sentir sur les organismes caritatifs pendant ce printemps. Nous poursuivrons notre travail de concert avec le secteur pendant la crise de la COVID-19, et au-delà, pour renforcer notre capacité collective de servir les communautés, les individus, les animaux et l’environnement, dans notre pays et à l’étranger.

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Emily Jensen

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