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Lettre ouverte sur l’avancement de l’égalité des genres par des investissements dans le secteur à but non lucratif

Lettre ouverte sur l’avancement de l’égalité des genres par des investissements dans le secteur à but non lucratif

nurse tending to patient

Lettre à la ministre Freeland signée par la présidente du conseil d'administration d'Imagine Canada

Madame la Ministre, 

En décembre 2018, votre gouvernement a adopté la Loi canadienne sur la budgétisation sensible aux sexes qui vise à promouvoir l’égalité des genres et davantage d’inclusion par l’intermédiaire du processus budgétaire annuel du gouvernement fédéral. Nous vous appelons à prendre en considération comment les perceptions véhiculées à propos du travail de soin ont mené à un sous-financement chronique dans le secteur de la bienfaisance et à but non lucratif (secteur des OBNL), et à prendre des mesures concrètes dans le budget de 2021 pour remédier à cette situation.

La plupart des gens associent le travail dans le secteur des OBNL à des bénévoles dans les banques alimentaires, à des monitrices et des moniteurs dans les camps d’été pour jeunes défavorisés ou à des personnes soignantes passionnées qui s’occupent de nos aînés. Bref, des gens passionnés qui prennent soin des enfants et des jeunes, des communautés marginalisées et de l’environnement. Bien que ce travail soit considéré comme noble, il n’est malheureusement pas bien rémunéré, notamment en raison de son association aux femmes et surtout, aux femmes de couleur. Dans un rapport (en anglais) publié en 2018 portant sur l’expérience des femmes dans le secteur des OBNL, le Ontario Nonprofit Network note que les perceptions du secteur correspondent à des stéréotypes féminins. Ainsi, on y associe des attributs tels « fiable, attentionné, bienveillant, émotionnel, inférieur à la masculinité, non intelligent, non qualifié et nécessitant de l’orientation et de la surveillance. » Le rapport établit que ces perceptions ont de graves répercussions sur l’ensemble de la main-d’œuvre dans le secteur des OBNL, composée à 80 % de femmes.

Le secteur des OBNL contribue pour 8,5 % au PIB, soit plus que les secteurs de la construction, de l’énergie, du transport et de l’agriculture, et emploie 2,4 millions de personnes, soit 12 % de la main-d’œuvre canadienne1. Malgré cela, le secteur semble largement invisible pour le gouvernement. Chaque année, Statistique Canada recueille de l’information détaillée sur les industries dominées par les hommes, qui emploient moins de personnes et dont la part du PIB est inférieure à celle du secteur des OBNL. Pourtant, l’agence n’a pas réalisé une seule enquête à propos de ce dernier depuis 2003. Dans le même esprit, il n’existe aucune entité gouvernementale responsable de veiller aux bonnes politiques et au bien-être du secteur, et nous sommes régulièrement oubliés lorsqu’il s’agit d’élaborer de nouvelles politiques. L’attention du gouvernement pour le secteur se limite trop souvent aux activités bénévoles ou aux dons, plutôt que de se concentrer sur les services essentiels fournis par les organismes ou sur notre main-d'œuvre rémunérée. Le principal point de contact au gouvernement pour notre secteur est la Direction générale des organismes de bienfaisance de l’Agence du revenu du Canada, dont la première responsabilité est de régulariser le secteur. Une réalité qui ne fait que perpétuer la perception paternaliste selon laquelle nous devons être surveillés.

Les perceptions genrées du secteur des OBNL ont un effet énorme sur sa main-d’œuvre. Les pratiques de financement courantes, p. ex. les contrats de courte durée et les exigences excessives en matière de surveillance et de déclaration, traduisent une opinion selon laquelle les personnes travaillant dans le secteur sont non qualifiées, non dignes de confiance et doivent être étroitement surveillées. Ces pratiques, combinées aux attitudes généralisées de la société envers le travail à but non lucratif, font en sorte que ces personnes reçoivent souvent de faibles salaires, bénéficient de peu d’avantages sociaux, voire aucun, et occupent des postes à temps partiel ou de courte durée2. Il faut également mentionner qu’une grande partie du travail dans le secteur des OBNL est réalisé sans rémunération4. Les bénévoles constituent une des grandes forces du secteur, mais leur présence contribue également aux perceptions qui se répercute négativement sur les travailleuses et les travailleurs (p. ex. s’attendre à ce que ces personnes donnent de leur temps ou, du moins, qu’elles ne s’attendent pas à une rémunération égale à celle versée dans d’autres secteurs).

Le fait qu’autant de programmes et de services essentiels sociaux, culturels et environnementaux sont fournis par des gens non rémunérés ou sous-payés est une indication claire de la sous-valorisation de ce travail. Pourtant, au moment où nous complétons la première année de la pandémie, la valeur fondamentale créée par le secteur des OBNL n’a jamais été aussi évidente. Nos organismes offrent des services abordables de garde d’enfants et des milieux de soins de longue durée plus sécuritaires que les entreprises privées4. Lorsque des familles ont dû se protéger contre la violence fondée sur le genre pendant le confinement, nos maisons d’hébergement étaient là pour les accueillir et les aider. Nos organismes ont fourni des ressources d’apprentissage aux enfants qui ne pouvaient plus aller à l’école, de l’aide alimentaire aux personnes aux prises avec des difficultés financières et du soutien et du divertissement pendant une période très sombre. Notre travail sera tout aussi essentiel pour réussir une relance juste et équitable.

Le budget de 2021 et les efforts du Groupe de travail sur les femmes dans l’économie donnent l’occasion au gouvernement de faire les deux : remédier à l’inégalité entre les genres et libérer tout le potentiel du secteur des OBNL. Il pourra y parvenir si :
 

I.    il corrige les pratiques de financement gouvernementales qui mènent aux emplois précaires et à faible revenu pour notre main-d’œuvre à majorité féminine;
II.   il mandate Statistique Canada de colliger, sur une base continue, des données économiques et relatives à l’emploi sur notre main-d’œuvre;
III.  il crée une « maison au sein du gouvernement » pour notre secteur, qui sera chargée de coordonner les politiques touchant différents ministères et de faire en sorte que les particularités des organismes soient prises en compte par les responsables des politiques.

 

En faisant valoir le secteur des OBNL et en y accordant les investissements nécessaires, le gouvernement peut démontrer qu’il valorise le travail de soin tout en améliorant concrètement les conditions de travail des 1,9 million de femmes dans ce secteur. Ce renforcement du secteur, qui fournit des programmes et des services de base aux gens les plus démunis dans nos collectivités, contribuera à une relance plus équitable. 

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma considération respectueuse.

Margaret Mason

Margaret Mason
Présidente du conseil d’administration

 

https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/190305/dq190305a-fra.htm
https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/tv.action?pid=3610040101&request_locale=fr  
https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/tv.action?pid=3610061701&request_locale=fr
2 Sénat du Canada, Rapport du Comité sénatorial spécial sur le secteur de la bienfaisance, 2019, p. 34-38; Ontario Nonprofit Network, Women’s Voices: Stories about working in Ontario’s nonprofit sector, 2018, p. 20.
3 Statistique Canada estime que les bénévoles ont accompli 1,7 milliard d’heures de travail en 2018, soit
https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/45-28-0001/2020001/article/00037-fra.htm
4 https://covid19-sciencetable.ca/sciencebrief/covid-19-and-ontarios-long-term-care-homes-2/

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